L’EPOQUE CONTEMPORAINE :
DE LA FORTIFICATION RASANTE A LA FORTIFICATION ENTERREE

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LE XIXe SIECLE : COUPURE DECISIVE DANS L’EVOLUTION DE LA DEFENSE

Sous l’effet de l’invention du canon rayé en 1859 et, surtout, de la révolution technique des poudres brisantes en 1885, les données du problème des fortifications permanentes sont complètement bouleversées.
Le canon rayé (il s’agit de la présence de rayures dans l’âme du canon) entraîne un accroissement de la portée de l’artillerie mais aussi de la précision. La parade trouvée est d’étaler la défense sur une plus grande portion de terrain permettant de mettre hors de portée les anciennes places fortes et ce, par l’entremise d’une ceinture de forts détachés, cet ensemble place-auréole prend le nom de camp retranché.

Les forts gardent encore une forme bastionnée pour assurer le flanquement mais leur forme générale est polygonale (rectangle ou pentagone) et leur surface totale plus petite que celle des anciennes cités fortifiées.
La création de ces camps retranchés est lancée par le Comité du Génie en 1867 à la suite de la victoire de la Prusse sur l’Autriche à Sadowa un an plus tôt (1866). Cinq places fortes étaient prévues par les travaux, à savoir : Metz, Mézières, Langres, Belfort et Besançon. Mais faute de crédits, seuls quelques forts furent construits à Langres, à Belfort (un seul) et à Metz (les forts de Saint-Julien, Queuleu, Saint-Quentin et Plappeville). La guerre de 1870 intervient...et avec elle la défaite.

Thionville ne bénéficia pas de ces mesures : à l’opposé de Metz, elle ne dispose pas de ceinture de forts détachés de cette époque. Toutefois, cette guerre démontre que la résistance d’une place est plus le fait du caractère de son commandant (ou de son gouverneur) et du moral de la troupe que de la valeur propre de la fortification : Thionville, dépourvue de forts détachés, capitule le 25 novembre 1870, soit un mois après Metz (27 octobre 1870).

Le grand bouleversement se produit avec les effets dévastateurs d’un nouveau projectile en acier chargé de mélinite, l’obus-torpille.
En 1885, l’invention d’un nouvel explosif, la mélinite, permet de remplacer la poudre. Elle est la création d’un autodidacte, Eugène Turpin (1848-1927), fabricant de jouets en caoutchouc. Sous l’effet des explosifs brisants, les murs maçonnés sont pulvérisés.

LES FESTES DE THIONVILLE : NOUVEAU TYPE DEFENSIF

Vers 1890, une grande révolution s’impose à la fortification à la suite de l’invention des explosifs brisants. Les procédés de construction sont modifiés : pierre, brique, bois, terre laissent la place au béton et aux cuirassements. Allemands comme Français ont recours à des systèmes de défense semi-enterrés.
Les principes de la Feste

Les Allemands adoptent un système de fortification très original à cette époque qui sera une véritable révélation pour les sapeurs français après le retour en 1918, tant l’ampleur des solutions techniques apportées sont importantes.
La Feste, ou Groupe Fortifié (GF) comme on l’appelle officiellement après 1918, annonce par de nombreux aspects la Ligne Maginot : elle consiste en un ensemble de batteries bétonnées armées de tourelles cuirassées tournantes, d’observatoires, de casernes, d’abris de piquets permettant les débouchés d’infanterie.

Le grand principe qui organise l’ensemble est l’éclatement des éléments - on parle de fort éclaté. Les ouvrages s’étendent sur des surfaces suffisamment importantes pour entraîner une dispersion des coups. Les avantages inhérents sont nombreux : le principal étent l’impossibilité pour l’adversaire de neutraliser simultanément tous les armements et de permettre la riposte. Surtout, les liaisons entre les différents éléments de l’ouvrage sont assurées par des galeries souterraines. S’y ajoutent tout un réseau de tranchées bétonnées, de fossés équipés d’abris qui font de la feste un ensemble redoutable.

La Feste est issue du site-pilote de MUTZIG (Alsace) lancé en 1893. Le lieu choisi fut la crête formant le dernier contrefort des Vosges, à côté de Molsheim : il s’agissait de barrer la vallée de la Bruche au débouché des cols de Saales, du Hantz et du Donon, et d’atteindre au canon la route principale au Nord entre Saverne et Strasbourg, dont le camp retranché ne valait désormais plus grand chose mais se trouvait par Mutzig muni ainsi d’une première défense.

Le fort occidental de Mutzig (1898-1899)
Issu des conceptions de l’Inspecteur Général des Fortifications prussiennes, le Général de Brandenstein (1884-1886), l’ouvrage abandonne le système bastionné à la Vauban. On construisit d’abord le fort oriental (1893-1895) puis le fort occidental (1898-1899). On appela l’ensemble du groupe fortifié Feste Kaiser Wilhelm II (F.K. II). Le système conçu par les ingénieurs militaires prend la forme d’une lunette étirée dont les côtés mesurent 126 m de long. Ils équipèrent les fortifications de tourelles cuirassées, les Panzertürme, conçues par l’officier prussien Schumann.

A partir de 1899, une seconde génération de feste est mise en oeuvre : il est procédé à la séparation de l’artillerie (organe de combat lointain) et de l’infanterie (organe de combat rapproché) qui étaient auparavant regroupées au sein de la lunette. Trois places fortes bénéficient de ces ouvrages de seconde génération : Thionville qui compte trois ouvrages, Metz, où l’on dénombre 8 sites et surtout Strasbourg avec 14 ouvrages.

Son armement

Les plans de feste varient d’un lieu à un autre (nos trois festes ont ainsi des agencements différents) mais leurs caractéristiques sont similaires. Le but principal de la Feste est l’action lointaine : la Feste est avant tout une batterie protégée et gardée.Elle est faite de la réunion de deux ou plusieurs batteries cuirassées contenant des canons courts de 150 mm à tir courbe dits «obusiers» et des canons longs de 105 mm à tir tendu (on parle également de canon de 100 ou de 10 cm) regroupés sous des tourelles que nous trouvons rassemblées par groupe de deux, quatre ou six pièces :leurs embrasures sont rétrécies pour ne permettre que le passage du tube (cas des canons de 100 dont le tube atteint 3,5 m). Si des modèles de tourelle à éclipse sont mises au point par les Allemands (Mutzig par exemple), ceux-ci ne les ont installés ni à Metz ni à Thionville: les ouvrages de Guentrange, d’Illange et de Koenigsmacker utilisent de simples tourelles tournantes.

TOURELLES CUIRASSEES

Les tourelles sont à deux niveaux. On accède depuis le « couloir de combat » (Gefechtskorridor), situé côté gorge, par un petit escalier à l’étage inférieur. De là, une échelle métallique presque verticale, mène à la chambre de tir.
Au pied de chaque tourelle se trouvent les soutes à munitions reliées entre elles par un couloir des munitions, côté ennemi. Les munitions sont transportées par deux monte-charge. Au centre de la batterie se trouvent les ateliers de confection des munitions (Munitions-Arbeitsräume) où les douilles vides sont nettoyées, recalibrées et reconditionnées, c’est là aussi que les amorces et les fusées sont montées sur les nouvelles cartouches.

Chaque fort vit en quasi autonomie : il bénéficie de sa propre caserne. Le tout est entouré d’une clôture complète composée d’un réseau de barbelés et de tranchées bétonnées. La clôture est complétée par des fossés extérieurs, discontinus ou continus selon les cas, équipés de canons légers (canon de 57 mm). Leur élaboration a été poussée à Guentrange en surmontant les flanquements de cloches cuirassées équipées de projecteur télescopique.

Des galeries souterraines relient les éléments entre eux et donnent sur des locaux également souterrains servant de casernes de guerre, installées avec un luxe inconnu des ouvrages français de la même époque : chauffage central, éclairage et machinerie électriques, réseaux de transmissions télephoniques.

L’Allemagne décide de se couvrir contre une attaque de l’armée française débouchant de Verdun par la ligne ou position de la Moselle qui tire du camp retranché de Metz une force exceptionnelle. Thionville flanque Metz à trente kilomètres en aval. La refonte des défenses est entreprise.
La Moselstellung devait jouer un grand rôle dans la mise au point du plan de campagne allemand dont le plan initial date de 1905 et dû au Général von Schlieffen. La manoeuvre principale consistait à contourner par la Belgique, pourtant pays neutre, les fortifications françaises : l’aile droite des forces allemandes était massée entre Limbourg hollandais et la Moselstellung qui servait de pivot. Un deuxième rôle était attribué à la nouvelle région fortifiée : servir d’appui au groupement défensif avec la région fortifiée de Mutzig-Strasbourg.

THIONVILLE, PIVOT NORD DE LA MOSELSTELLUNG

De 1899 à la Première Guerre Mondiale, Thionville assiste à la construction de trois festes sur des hauteurs plus ou moins proches. La vieille enceinte bastionnée est déclassée, une fois les travaux bien avancés. Nous retrouvons cette tendance au même moment dans l’ensemble de l’empire allemand (Metz, Coblence, Koenisgberg, Posen, Mayence et Wesel).

Les nouveaux ouvrages totalisent ensemble une garnison de près de 5000 hommes et rassemblent 16 pièces sous tourelles cuirassées. La première de ces festes est Guentrange (située en rive gauche) puis s’érigent sur la rive droite Illange (1904) et Koenigsmacker (1905). En 1918, les Français reprennent possession de l’Alsace-Lorraine sans que les festes n’aient eu à subir l’épreuve de la guerre. Il n’en sera pas de même en 1944 avec la bataille de part et d’autre de la Moselle entre Américains et Allemands.

Ces trois défenses avancées s’appuyent mutuellement. La place de Thionville est couvert principalement par l’ouvrage de Guentrange. Les deux autres ouvrages, Illange et Koenigsmacker, distants l’un de l’autre de 8 kilomètres, ont pour mission d’interdire le passage de la Moselle de part et d’autre de Thionville et de battre les hauteurs environnantes : Koenigsmacker en aval surveille le saillant de Cattenom tandis qu’Illange, en amont, veille sur la vallée del’Orne et Briey.

Appartenant aux festes de la seconde génération, nous relevons les quatre caractéristiques évoquées précédemment:

Une des grandes innovations de ces nouvelles festes concerne des casernes bétonnées, les Kriegskaserne. Littéralement caserne de guerre, il s’agit de grandes constructions casematées qui sont complètement enterrées du côté ennemi tandis que côté cour la façade dit de gorge est percée de portes et de fenêtres.

D’autre part, les festes de Thionville sont construites durant la période où est mis définitivement en place la tourelle de 100 cuirassée, plus résistante que la tourelle à bouclier.
Le Groupe Fortifié de Guentrange, construit de 1899 à 1906, occupe le sommet de la colline de Guentrange (côte 316) distante de 2,5 kilomètres à l’Ouest de Thionville : il forme tête de pont. Il appartient à la première phase de construction de la Moselstellung qui s’attèle à couvrir la rive gauche : à Metz, les groupes fortifés « Lorraine », « Jeanne d’Arc » et « Driant » sont construits au même moment. La garnison prévue est de 1800 à 2000 hommes.

Première des festes du pivot à avoir été bâtie, le Groupe Fortifié Guentrange est le plus connu des Thionvillois en raison de son ouverture au public, il est aussi le plus puissant : à lui seul, il regroupe la moitié des pièces sous tourelles installées dans le secteur (8). Sa mission était de protégée Thionville et de couvrir le terrain compris entre la Fensch et la route de Luxembourg. Il commandait en même temps le noeud ferroviaire Luxembourg-Metz et Metz-Coblence.

L’artillerie se compose de deux batteries cuirassées occupant les extrémités du Groupe Fortifié : la batterie sud sur la crête Nord-Est et la batterie nord sur la crête Nord-Ouest. L’infanterie bénéficie de de trois ancrages sur le terrain : deux desservant les batteries (caserne Nord et Sud) tandis qu’un ancrage principal, la Caserne centrale, est située entre les deux batteries. A lui seul, le G.F. est aussi important en superficie que la ville de Thionville en ce début de siècle...La route d’accès est défendue par un blockhaus.

Chacune des deux batteries est composée de quatre tourelles pour canon de 100 à tube court (10 cm Panzertürme), c’est-à-dire d’une longueur de 2 mètres et d’une portée de tir d’environ 10000 mètres, et de deux observatoires cuirassés installés aux extrémités de chacune. La batterie Sud est en ligne droite tandis que la batterie Nord est disposée en équerre. Chaque batterie est protégée contre les assauts d’infanterie par un réseau de fils de fer barbelés propre rejoignant le réseau périphérique.

Les positions d’infanterie Nord et Sud, situées à proximité d’une batterie, sont constituées d’une caserne bétonnée à trois niveaux (dont un sous-sol partiel). Celle-ci est précédée d’un parapet d’infanterie avec emplacements pour mitrailleuse et abris de piquet avec un observatoire léger. La Caserne centrale (l’Hauptkaserne) est l’élément qui permet à l’ensemble des organes d’être reliés. D’une longueur de 150 mètres, elle comprend quatre niveaux : il s’agit de la plus importante caserne construite par les Allemands.

Après 1910, les Allemands entreprennent de nouveaux travaux de renforcement. A flanc de colline, 35 mètres en contrebas des ouvrages existants, ils placent un deuxième réseau de fil de fer sur tout le périmètre et le flanquent par six grands coffres armés de mitrailleuses. Ces coffres de flanquement, soit simples, soit doubles, comportent deux ou trois niveaux (dont un seul en surface), possèdent une cloche de guet, un ou deux projecteurs électriques éclipsables pour l’éclairage du glacis, des embrasures pour mitrailleuses (obturables par des volets blindés). Entre les deux réseaux, dans la partie Nord, sont installés deux parapets d’infanterie bétonnés avec trois abris. Ces nouveaux organes (coffres et parapets) sont reliés aux casernes par des galeries souterraines.

La grande caserne centrale à quatre étages du GF Guentrange
Galerie souterraine bétonnée
(GF Aisne à Metz)
les fils électriques fixés sur
la voûte sont d’origine.

Le Groupe Fortifié d’Illange se développe sur une colline dominant la Moselle d’une centaine de mètres, au nord du village qui lui donne son nom : son emprise est de 44 hectares. La garnison prévue était de 1200 hommes (1177 hommes - officiers et soldats). Il fait partie, tout comme Koenigsmacker, de la seconde et dernière phase d’édification de la Moselstellung qui érige à partir de 1905 des fortifications sur la rive droite de la rivière : il a pour mission de battre les débouchés de la rive gauche de la Moselle en amont de Thionville et d’interdire le passage de cette rivière.

L’artillerie du GF d’Illange se limite à une seule batterie cuirassée alignée sur un axe Nord-Sud tandis que l’infanterie repose sur quatre positions. L’ensemble de l’ouvrage est entouré par un réseau de fils de fer barbelés continu d’une même largeur mais qui se scinde en deux au Nord, à l’Est et au Sud.

La batterie cuirassée mesure environ 60 mètres de long et abrite quatre tourelles pour canon de 100 à tube long (3,5 mètres et près de 11000 mètres de portée de tir). Elle dispose de deux observatoires cuirassées : l’un au niveau de la position Nord, l’autre de la position Sud. Elle tenait sous ses feux la vallée de l’Orne et Briey. A nouveau, la protection est assurée par un réseau de barbelés qui l’entoure.

Les positions d’infanterie sont disposées essentiellement vers le Sud (trois positions sur les quatre que totalise le groupe fortifié) : les positions Nord, Ouest, Sud et Est. Elles comprennent chacune une caserne bétonnée à deux niveaux dont un en sous-sol. Elles sont reliées entre elles et avec la batterie par des galeries souterraines profondes de 8 à 11 mètres au maximum et dont la longueur cumulée est approximativement de 800 mètres. Chaque position est entourée d’un parapet d’infanterie bétonné, comportant deux abris de piquet (à l’exception de la position Nord qui n’en compte qu’un seul), des abris de garde ainsi que de nombreux abris pour sentinelle et des emplacements pour mitrailleuse. Chacune des positions dispose d’un observatoire cuirassé. Des mitrailleuses installées sur les différents parapets permettent de prendre en enfilade certaines parties du réseau barbelé.

Relevons deux choses. Tout d’abord la continuité du parapet d’infanterie entre les positions Ouest et Sud. Ensuite l’isolement de la position Est des autres positions.
Fort d’Illange - bloc de défense Ouest

Die Feste Königsmachern - Le GF Koenigsmacker : 1908-1914 Le Groupe Fortifié Koenigsmacker occupe la partie sud du plateau du Griesberg (côte 210), à deux kilomètres au sud du village du même nom et à cinq kilomètres au Nord-Est de Thionville. Il est inachevé. La garnison totale (infanterie et artillerie) s’élevait à 1180 hommes.

Il avait pour mission d’interdire le passage de la Moselle en aval de la ville, de battre les hauteurs de Cattenom et, comme Illange, contrôler les routes et voies ferrées Thionville-Luxembourg et Thionville-Trêves.
Le GF Koenigsmacker s’articule en une batterie cuirassée et quatre positions d’infanterie à l’instar à nouveau d’Illange, mais dispose en plus d’un bâtiment au centre de l’ouvrage qui abrite l’usine et la boulangerie.
Il est entouré d’un réseau de barbelés (20 à 25 m de large) qui, au Nord, à l’Est et au Sud, est disposé dans un fossé avec mur de contrescarpe, fossé flanqué par trois coffres installés en position Nord, Sud et à la limite commune de ces deux positions. Les coffres de contrescarpe sont, comme ceux de Guentrange, équipés de projecteurs éclipsables. En outre, le dessus des coffres est hérissé de pieux en acier (du même type que ceux qui garnissent le réseau de fil de fer du fossé). Ce réseau barbelé cloisonne également l’intérieur du Groupe Fortifié en entourant individuellement les positions d’infanterie Nord et Sud ainsi que la batterie cuirassée.

La batterie cuirassée comprend quatre tourelles pour canon de 100 à tube long et dispose d’un observatoire cuirassé installé sur l’abri de piquet de la caserne Ouest.
Les positions d’infanterie se développent en périphérie de la Feste et se divisent en quatre secteurs: elles sont disposées au Nord, au Sud, à l’Ouest et à l’Est de la batterie. Elles comprennent chacune une caserne bétonnée à deux niveaux (dont un en sous-sol) de 70 mètres de long. Chaque position est entourée d’un parapet d’infanterie comportant un ou plusieurs abris de piquet. Exception notable : la position Sud ne dispose pas de caserne (seuls trois abris de piquet ont été érigés). Les positions Est et Sud ont été reliées par un parapet d’infanterie continu.

Tous les organes d’artillerie et d’infanterie sont reliés entre eux directement ou indirectement par 2600 mètres de galeries souterraines (y compris la galerie de contrescarpe).
Fort de Koenigsmacker - Batterie de 100

LE DEMANTELEMENT DES REMPARTS : 1902-1903

Depuis le coup de tonnerre des nouvelles poudres en 1885, les fortifications datant des quatre siècles précédents n’assument définitivement plus leur rôle défensif, incapables de résister aux obus-torpilles. Même si, dans un premier temps, les Allemands cherchent à les améliorer en enlevant la terre recouvrant les voûtes et en posant directement une couche de béton (en général un mètre) sur les maçonneries avec au-dessus une mince couche de terre végétale comportant des plantations destinées au camouflage, les remparts ont fait leur temps.

Le démantèlement des remparts de la rive gauche, décidé par décret du Ministère de la Guerre allemand le 21 juin 1900, est lancé l’année 1902 : c’est à partir de ce moment que Thionville s’agrandit selon un plan radio-concentrique. Le premier coup de pelle est donné symboliquement le 14 juillet 1902 par le maire Nicolas Crauser.
Le maire Crauser donnant le premier coup de pelle

Tous les bastions sont démolis, à l’exception de deux situés au bord de la Moselle (bastions I et III). La courtine courant entre les différents bastions est détruite, y compris entre ceux subsistants où, là, un mur vient la remplacer dans le cadre de l’aménagement d’une promenade. Les fossés et canaux sont comblés.

Durant les travaux, de nombreux vestiges sont découverts comme la mise à jour de la Chapelle des Augustins entre la Porte du Luxembourg et la Tour aux Puces. De même, la redécouverte du quartier médiéval entre l’église Saint-Maximin et la Moselle.

La résurrection du quartier médiéval le long de la Moselle
photo du dessus : le quartier Saint-Maximin
photo inférieure : le quartier du Palais de Justice (anciennement Pensionnat de la Providence)
Des quatre portes de l’enceinte bastionnée, seule demeure la Porte de Sarrelouis au Couronné de Yutz, les autres sont démolies : la Porte du Pont, la Porte de Luxembourg et la Porte de Metz. Toutefois de part et d’autre du pont de la Moselle, deux blockhaus sont érigés pour le défendre : l’un sur la rive gauche, l’autre sur la rive droite. Ils consistent en une masse rectangulaire de pierres taillées.

La démolition des Portes de Metz (dessus) et du Pont de la Moselle (dessous)
Spectacle rare, c’est à une véritable cannonade que les Thionvillois assistent et notamment au niveau des portes de la ville où les explosions produisent de véritables projectiles qui retombent parfois aux pieds des passants quand ce n’est pas les vitres qui volent en éclats !!! Il faut constamment avoir recours à la dynamite.
Le blockhaus et sa sentinelle à l’entrée du pont sur la rive gauche

Sur les espaces libérés, les terrassiers nivellent le terrain. Après la démolition des Portes de Metz et du Luxembourg, la municipalité procède à l’aménagement de places qui font suite aux nouvelles promenades (ci-dessous la promenade Crauser et son kiosque).

Les remaniements autour de la Porte de Sarrelouis s’appliquent à la mettre en valeur en abattant les remparts et en créant des chemins la contournant. Toutefois, son passage est bouché.
Les trois documents qui suivent, nous retracent ce processus : une vue de l’arrière de la porte avec les remparts (avant les travaux), une vue de face avec les voies ferrées mises en place pour l’évacuation des déblais (pendant les opérations de démantèlement), enfin une carte postale après les opérations (aux alentours de 1905) nous montrant le passage obturé.

La Porte de Sarrelouis vers 1905

LA LIGNE MAGINOT

Le Traité de Versailles (28 juin 1919) restitue officiellement l’Alsace-Lorraine annexée à la France : dès 1920, le problème de la sécurité du pays est débattu. Les généraux s’accordent à faire construire un système fortifié moderne qui corresponde à la nouvelle frontière. Là, cependant, s’arrêtent les convergences d’opinion, les vues diffèrent quant à la réalisation.

L’élaboration

Le retrait des troupes françaises de la rive gauche du Rhin accélère le mouvement. Le Conseil Supérieur de la Guerre (CSG) confie l’étude d’un projet de fortification à une commission, la Commission de Défense du Territoire (CDT) dont la présidence est donnée au Maréchal Joffre. Le 7 décembre 1926, le rapport est remis au Ministre de la Guerre Paul Painlevé : les structures de la future Ligne Maginot et son tracé approximatif y sont contenus.

La CDT déconseille d’organiser des places fortes isolées comme par le passé. Pour barrer aux carrefours d’invasion classiques une armée moderne, elle conseille de procéder à la mise en place de gros ouvrages qui soient en liaison et dont les aménagements soient bétonnés, semi-enterrés, dotés d’une carapace à l’épreuve des plus gros projectiles connus : les ingénieurs français se sont inspirés des ouvrages allemands en Alsace-Lorraine. La Commission substitue à la notion de ligne celle de zone de fortification.

A la suite de ce rapport, l’organisation défensive quitte le territoire pour la frontière avec le successeur de la CDT, la Commission de Défense des Frontières - CDF. Celle-ci préconise la Région fortifiée qui se présente comme un front continu, d’une longueur minimale de 61 kilomètres et organisée en fortification permanente. Sa mission est d’assurer, en cas d’attaque brusquée, la couverture et la protection de la mobilisation puis de s’intégrer dans le dispositif des armées mobilisées qui protègent le territoire national. Deux grandes régions fortifiées sont créées : celle de Metz et celle de la Lauter - un chapitre spécial traite à part la défense des Alpes. Ces choix étant dictés par des considérations stratégiques: axes d’invasion les plus menaçants.

La Région Fortifiée de la Lauter part du Rhin, traverse la Plaine d’Alsace et le massif vosgien pour prendre pied sur le Plateau lorrain et s’appuyer sur la Sarre. Tandis que la Région Fortifiée de Metz constitue la pièce maîtresse de toute l’organisation défensive du Nord-Est. Entre les deux premières, la Région des Etangs permet de tendre des inondations défensives en cas de besoin.

André Maginot (1877-1932)

En 1927, la CDF est dissoute et cède la place à la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF), chargée d’assurer la réalisation du projet, dont elle reste le véritable maître-d’oeuvre jusqu’en 1935.
La réalisation

Le Ministre de la Guerre, André Maginot, obtient du Parlement la ratification de la loi-programme de cinq ans (1930-1935) relative à la Ligne, le 14 janvier 1930. Dès 1932 toutefois, des difficultés financières contraignent la CORF à réduire les dimensions du projet. En 1933, le ministre de la guerre, Edouard Daladier, entend parler pour la première fois de l’abscence de continuité entre la RF de Metz et celle de la Lauter : il se rend vite compte sur le terrain que les deux régions fortifiées peuvent être tournées par les ailes. Daladier accepte de desserrer les cordons de sa bourse : une rallonge de crédits intervient par la loi de juillet 1934. Toutefois, il exige que l’on fasse du béton économique : plus questions de gros ouvrages avec casemates d’artillerie et tourelles à éclipse, Daladier leur préfère des petits blockhaus offrant l’avantage, par leur rusticité, de pouvoir être réalisés par de la main-d’oeuvre militaire qui revient moins chère que celle des entreprises civiles.

La CORF, le 31 décembre 1935, disparaît, estimant sa tâche accomplie et abandonne le soin de pousuivre le travail aux échelons locaux de commandement. L’anarchie technique s’installe malgré l’action du Génie, transformant la Ligne Maginot en un ensemble disparate par l’ajout aux puissants ouvrages de première et de seconde générations, de fortifications de campagne en dur, coulées dans le béton avec une hâte fébrile jusqu’à la Mer du Nord.

C’est que la prise de conscience de l’important effort de guerre nazi a donné entre temps vie au mythe de la fortification continue, La Muraille de France, une muraille destinée à stopper l’adversaire sur les frontières, dénaturant ainsi son but initial : faire face à une attaque soudaine sans déclaration de guerre, permettre la mobilisation et la concentration des armées en sécurité et servir d’ossature à une résistance organisée ou de base de départ à une offensive.

Plusieurs principes régissent la conception des ensembles : éclatement des éléments constitutifs en unités distinctes, enfouissement systématique des structures, éloignement des accès.
Les principes de construction : l’exemple des gros ouvrages

Les leçons de la Grande Guerre, la part qu’y ont prise les gaz, les chars, les avions inspirent un type d’habitat souterrain adapté au combat moderne.
Chaque gros ouvrage dispose de deux entrées en général : une entrée principale dite Entrée des Munitions (E.M.) destinée au ravitaillement de toute nature et une entrée secondaire dite Entrée des Hommes (E.H.). Le système défensif des entrées diffèrent. Le plus évolué concerne l’entrée Munitions avec sa grille munie de gros barreaux. Le bloc d’entrée dispose de divers moyens : l’ennemi devait d’abord affronter un canon antichar (47 mm), des mitrailleuses jumelées et le fusil-mitrailleur de caponnière. Si un char parvenait à forcer la grille, il était arrêté à l’entrée de la galerie - un pont roulant métallique glisse latéralement sur commande électrique et dévoile une coupure franche de deux mètres de large. Un peu plus loin, nouvel obstacle : une porte géante de 7 tonnes - deux plaques de blindage enserrant un panneau de béton armé - ferme le passage. Toujours plus loin, des fusils-mitrailleurs prennent la galerie enfilade.


L’entrée des Munitions de Molvange (SF Thionville)

Les organes de combat (les blocs) sont dispersés sur le terrain et sont reliés aux forces vives de l’ouvrage par des galeries creusées à grande profondeur (30 mètres en général). La galerie mère, construite sur un modèle standard, mesure 2,10 mètres de large sur 3,10 mètres de hauteur. La dispersion des blocs est telle que la distance entre l’entrée M et le bloc le plus éloigné peut atteindre de grandes extensions : à Rochonvillers, au Nord-Ouest de Thionville par exemple, la galerie principale a 2250 mètres de longueur. La dispersion des blocs sur une grande surface permet d’obstruer une galerie secondaire en la faisant sauter, tout en permettant au reste de l’ouvrage de continuer à se battre.

A l’intérieur de la galerie principale, nous trouvons au début différentes installations réparties dans des salles bétonnées : la caserne, la salle des machines, les centraux téléphoniques, l’infirmerie, les magasins à vivres, les PC d’artillerie et d’infanterie, le quai du magasin à munitions - M1 - où sont stockés les projectiles d’artillerie et d’infanterie. Le long du quai, un petit train à traction électrique évolue au sein de l’ouvrage : il est destiné avant tout au transport des casiers d’obus et des caisses de cartouches vers les blocs. Du M1, les munitions seront acheminées vers le M2, petit magasin situé au pied de chaque bloc. De là, elles alimentent le M3, encore plus réduit mais situé à l’étage de tir, à proximité des pièces. A l’embranchement entre le m1, galerie principale, et le M2, galerie secondaire, un aiguillage.

Train électrique avec embranchement

Arrivé au bout de la galerie secondaire, nous trouvons divers locaux du bloc : les magasins M2 principalement avec la pièce réservé au chef du magasin. Pour accéder au poste de tir en lui-même, situé à la surface, les hommes doivent remonter un puits et, pour cela, emprunter un escalier : la disposition de l’escalier évolue selon qu’il mène à une tourelle, où dans ce cas les marches sont disposées autour de la cage d’un ascenseur réservé à l’acheminement des munitions ou que l’on se dirige vers une casemate de flanquement et, dès lors, l’escalier et le monte-charge sont disposés côte à côte, séparés par un mur. Chaque bloc constitue une entité distincte, autonome : auprès des pièces d’artillerie, nous trouvons les chambres des hommes affectés au poste, y compris du commandant du bloc, ainsi que le magasin de munitions M3.

L’armement de l’ouvrage est placé principalement sous tourelles à éclipse et sous cloches fixes blindées. Le canon le plus courant est le 75, canon qui a eu un grand emploi durant la guerre de 1914-1918, mais adapté aux nécessités de la forteresse. Il est également installé dans des casemates de flanquement, en général par groupe de trois pièces mais le plus souvent nous le trouvons au niveau des tourelles éclipsables qui offrent l’avantage d’être « tous azimuts ». Le second matériel utilisé, à la fois sous casemate et sous tourelle, est le 135 ainsi que le mortier de 81. A cela, ajoutons que les blocs sont pourvus d’armes automatiques, jumelages de mitrailleuses.

LE SECTEUR FORTIFIE DE THIONVILLE

Dépendant de la Région fortifiée de Metz, le Secteur fortifié de Thionville est le plus puissant de la frontière du Nord-Est : il constitue l’ossature du barrage de la vallée de la Moselle.
Le tracé général de la Ligne Maginot soulève de vives controverses : le Général Debeney et le Maréchal Pétain en sont les deux figures de proue. Le premier estime que la fortification doit se trouver assez près de la frontière pour protégér le territoire national et particulièrement les régions industrielles tandis que le second, Inspecteur de l’Armée, ne veut pas que la Ligne soit entamée par l’ennemi et souhaite pour cela qu’elle soit placée à environ 25 kilomètres en arrière.

La RF de Metz couvre des objectifs essentiels : voies ferrées qui aboutissent en Lorraine (concentration des troupes), dépôts de toutes natures de la place de Metz, bassin sidérurgique de Thionville-Briey - le bassin houiller de Forbach et les installations de Longwy trop près de la frontière sont laissés avant la fortification. Partant de Faulquement, le tracé de la Région Fortifiée borde la côte qui domine Saint-Avold, suit les hauteurs de la Nied, passe au point culminant du Hackenberg (ouvrage puissant), traverse la Moselle (dangereuse voie d’invasion) au nord de Thionville, englobe la forêt de Cattenom (malgré l’avis défavorable du Maréchal Pétain), prend pied sur le plateau de Rochonvillers et d’Aumetz pour se terminer à Longuyon (ouvrage de Fermont) par un flanc Ouest protégeant Briey.

Le volume des constructions réalisées est très important. Les sites s’étendent sur un front d’une quinzaine de kilomètres, de Rochonvillers à Billig. Ce front associe des ouvrages d’artillerie (Molvange, Soetrich), des petits ouvrages (P.O. de l’Immerhof), des abris d’intervalle (Zeiterholz à Entrange), des casernements militaires, des observatoires et des blockhaus (Sentzich). En tout, 41 éléments ou unités.

Les Gros Ouvrages (G.O.). Nous comptons sept gros ouvrages pour Thionville, soit la moitié de la Région Fortifiée de Metz. Nous trouvons : Rochonvillers, Molvange, Soetrich, Kokenbusch, Galgenberg, Metrich et Billig.
Les Petits Ouvrages (P.O.) comportent un nombre variable de blocs de combat reliés par une galerie de desserte. Le secteur en dénombre quatre : Immerhof, Bois Karre, Oberheid et Sentzich.
Dix-sept casemates : Grand Lot, Escherange Ouest et Est, Petersberg Ouest et Est, Entrange, Bois de Kanfen Ouest et Est, Boust, Basse Parthe Ouest et Est, Sonnenberg, Koenigsmacker Ouest et Est, Metrich Ouest et Est, Bois de Koenigsmacker.
Dix-huit abris : Grand Lot, Bois d’Escherange, Petersberg, Bois de Kanfen, Zeiterholz, Hettange-Grande, Stressling, Route de Luxembourg, Helmereich, Barrungshof, Bois Karre, Rippert, Cattenom, Krekelbusch, Metrich, Nonnenberg, Bichel Nord et Sud.
Quatre observatoires : Hettange-Grande, Route de Luxembourg, Boust, Cattenom.
Le secteur fortifié de Thionville regroupe sous un même commandement les différents éléments, servis en temps de paix par l’effectif d’un Régiment d’Infanterie de Forteresse (R.I.F.), effectif qui se trouve réparti en temps de guerre en trois régiments affectés chacun à un sous-secteur. Dans le cas de Thionville, les sous-secteurs d’Angevillers - 169e RIF -, d’Hettange-Grande - 168e RIF - et d’Elzange - 167e RIF. Les sous-secteurs correspondant aux casernements créés pour l’occasion.

Des trois ouvrages ex-allemands, deux sont employés pour la Ligne Maginot : Illange et Koenigsmacker.
La feste d’Illange constitue tout d’abord le PC du commandant du secteur fortifié et de son chef d’état-major qui sont, au 2 septembre 1939, le Général Cousse et le Chef de Bataillon Vuillaume. L’Artillerie et le Génie installent également leur commandement dans la feste : Colonel du Bois de Maquillé pour l’Artillerie et Chef de Bataillon Genet pour les sapeurs.

La feste de Koenigsmacker sert quant à elle de PC au 167e RIF tandis que le 168e l’installe aux abris de Sainte Marie et le 169e au Bois de la Côte.
Les camps avancés du secteur fortifié
Au début, les troupes de forteresse et d’intervalles tiennent garnison à Thionville même, située à une heure et même deux heures de marche à pied des lieux de combat : ces unités ne possèdent pas de transports automobiles. Afin d’avancer les premiers échelons de combat le plus près possible des ouvrages, trois camps sont construits à partir de 1930 : Elzange pour le premier bataillon du 168e RIF, Cattenom pour le deuxième bataillon et Angevillers pour le troisième bataillon.

Ces camps avancés sont occupés en 1932 mais ne donnent pas entière satisfaction. La décision est pris e après l’alerte de 1936 de construire le camp avancé de Hettange-Grande pour épauler celui de Cattenom.

Insigne du 168e Régiment d’Infanterie de Forteresse

Les Gros Ouvrages du Secteur Fortifié

La terminologie officielle classe les ouvrages de la Ligne Maginot en cinq catégories, principalement les Petits Ouvrages concernant plus particulièrement les ouvrages d’infanterie tandis que les Gros Ouvrages relèvent de l’artillerie. Ces derniers sont placés de telle façon que leurs tirs respectifs puissent se couvrir mutuellement : aucun terrain n’est laissé hors de portée de tir.

Rochonvillers

Nous retrouvons l’organisation décrite quelques pages précédemment, à savoir : à l’arrière les entrées au nombre de deux, l’entrée Hommes et l’entrée Munitions, à l’avant nous relevons les blocs de combat, au nombre de 9.

L’ouvrage de Rochonvillers a été mis en chantier parmi les premiers : sa mise en oeuvre date de 1925. Il possède toute la profusion en pièces d’artillerie caractéristique des premières années de la CORF : l’armement est distribué entre quatorze cloches et sept tourelles, dont deux de 75 mm et deux de 135, une casemate de quatre créneaux et un ensemble mixte. Le bloc 5 possède un armement qui le classe comme le plus gros bloc d’artillerie du Nord-Est : 3 tubes de 75 et un tube de 135.

L’effectif théorique attribué est de 800 personnes environ : 26 officiers et 756 hommes.

Molvange

Nous relevons 10 blocs de combat : six tourelles (trois de 75, une de 135, une de 81 - obus - et une mitrailleuse). Son armement est entièrement sous cloches ou sous tourelles : aucun créneau contrairement à Rochonvillers. Son effectif théorique s’approche des 750 personnes : 24 officiers et 711 hommes.

Durant l’Occupation, il fit l’objet de transformations : les garages A et B, l’atelier des locotracteurs, le M1, le M2 des blocs 8 et 10 furent transformés en petites chambres et en bureaux.
Soetrich

L’ouvrage de Soetrich se compose de 6 blocs de combat où se répartissent 10 cloches et 5 tourelles, le bloc 3 regroupe des créneaux (2 de 81 et 2 de mitrailleuses jumelées). Les entrées se font toutes par un puits alors qu’à Rochonvillers ou à Molvange, l’entrée des Munitions suit un plan incliné. Cependant comme à Molvange, il subit des transformations durant l’Occupation : au début de 1944 fut entrepris la transformation du casernement en locaux d’Etat-Major. La Libération intervint après les démolitions mais avant les aménagements.

Kokenbusch

L’ouvrage construit en pleine forêt possède 7 blocs de combat constitués avant tout de tourelles (le bloc 2 se compose de créneaux). A nouveau, l’armement ne comprend au niveau des canons que du 75, sinon nous y relevons un obusier de 81 et des mitrailleuses jumelées. Particularités : son entrée Munitions diffère de celles habituelles et il ne dispose pas de magasin M1.
L’effectif théorique approche les 550 personnes : 14 officiers et 513 hommes. La mise en service de la centrale nucléaire de Cattenom a entraîné sa submersion.

Galgenberg

Cet ouvrage se compose de 6 blocs de combat. Cependant, un seul, le bloc 6, possède une tourelle de 135; nous relevons bien deux autres tourelles mais elles contiennent, soit une mitrailleuse (bloc 3), soit un obusier de 81 (bloc 4) : les deux premiers blocs contiennent des créneaux pour des mitrailleuses jumelées ou pour des tubes anti-chars. Situé au plus près de la Moselle (dernier ouvrage de la rive gauche avant le franchissement), il a son pendant sur la rive droite avec Metrich.

Son effectif théorique n’atteint pas 500 personnes : 15 officiers, 430 hommes.

Metrich

L’ouvrage se compose de 15 blocs de combat où se répartissent entre des créneaux (au nombre de neuf), des tourelles (six) et des cloches (seize). Les entrées Munitions et Hommes se font de plain-pied.
L’effectif théorique approche les 800 personnes : 26 officiers et 769 hommes.

Billig

Sept blocs de combat, là aussi composés de tourelles, de créneaux et de cloches : aucun canon de 135. L’effectif théorique tourne autour de 550 personnes : 16 officiers, 531 hommes.

PROMENADE AUTOUR DES OUVRAGES ENTERRES

Les festes et les ouvrages du Secteur Fortifié thionvillois de la Ligne Maginot rassemblent un patrimoine immobilier historique fantastique. Leurs emprises constituent les ceintures fortifiées autour de Thionville : la première ceinture distante de 3 à 6 kilomètres du corps de place, la seconde d’une dizaine de kilomètres.
L’autorité militaire, consciente que la sauvegarde de ce patrimoine est mieux assurée entre les mains d’ associations se donnant comme objet la restauration de tel ou tel ouvrage, a consenti à céder la gestion de ces véritables monuments de la fortification contemporaine. Lancé au début des années 60 avec la cession de la feste de Guentrange, le processus s’est accéléré ces dernières années, notamment en raison de l’existence d’une volonté de faire oeuvre de mémoire. Le plus connu des ouvrages ouverts au public est celui du Hackenberg à Veckring (secteur fortifié de Boulay). Toutefois, le secteur de Thionville suscite l’intérêt de plusieurs associations : ainsi en 1997 la feste d’Illange a été cédée aux communes de Yutz et d’Illange.

Ces associations portent comme nom le numéro de l’ouvrage qu’elles entretiennent : l’association « A15 » pour le Gros Ouvrage du Galgenberg, l’association « A10 » pour le Petit Ouvrage de l’Immerhof. Mais elle peut simplement prendre le nom de l’ouvrage : ainsi en est-il de « l’Association Ouvrage du Michelsberg du 22 juin 1940 ». Enfin, des associations adoptent des formulations générales: principalement « Club Connaissance et Animation du Patrimoine historique local » qui s’occupe du Petit Ouvrage du Bois Karre ou de « l’Association des matériels militaires français » qui gère les casemates Est et Ouest d’Escherange et Grand Lot. Depuis quelques années, le Club Vosgien (association de tourisme pédestre créée en 1872) a pour projet de créer un sentier reliant certains de ces ouvrages en empruntant en partie des chemins militaires. Les associations de sauvegarde parviennent à assurer leur activité en prélevant des matériels d’intérêt historique que les ouvrages sous dépendance militaire recèlent encore. Néanmoins, ces ouvrages militaires font également l’objet de passages non autorisés et de pillage : l’année 1996 a vu la mort d’un jeune homme dans l’ouvrage d’Anzeling. Car, rappelons-le, les ouvrages abandonnés sont dangereux. Aussi l’autorité militaire face à ces recrudescences de visites clandestines a-t-elle pris la décision de combler les entrées des gros ouvrages en utilisant la technique du merlonnage (on recouvre l’ouvrage par un apport massif de terre). Opération techniquement réversible, les ouvrages ne sont pas détruits. Le seul grand dommage est de faire disparaître la fortification du paysage : comme c’est déjà le cas pour le Metrich (son emplacement se signale désormais par une immense motte de terre).

L’essentiel des terrains demeure encore sous emprise militaire. Seul régiment de la garnison de Thionville, le 40e Régiment de Transmissions disposent de 800 hectares de terrains qui autorisent tous types d’exercices à caractère militaire ou technique, atout considérable pour conduire l’instruction et un entraînement de qualité. C’est au Régiment que s’adressent les associations de sauvegarde pour leur demande de matériels.