L’EPOQUE MEDIEVALE : LA FORTIFICATION VERTICALE

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LA PERIODE CAROLINGIENNE

La première mention manuscrite de Thionville, sous la forme latine de Theodonis villa, apparaît dans une chronique de 753 relatant le passage du roi Pépin le Bref dans ce domaine patrimonial. A sa suite, Charlemagne puis Louis le Débonnaire y séjournent. Au travers d’un acte daté de l’an 770, nous apprenons qu’un palais est installé à Thionville (Actum Theudone villa Palatio in Dei nomine feliciter), par la suite un autre acte évoque à nouveau l’existence de cet édifice (Actum Theodonis-villa Palatio Nostro). D’importantes décisions y sont prises, à l’exemple du Grand Capitulaire édicté par Charlemagne en 805 et de la Divisio Regnorum de 806, testament politique de l’empereur. C’est à Thionville que meurt en 783 la femme de Charlemagne, Hildegarde. C’est tout près de là, à Yutz, sur l’autre rive de la Moselle, que se tient en 844 un concile implorant les trois signataires du Traité de Verdun de sauver par une entente fraternelle l’unité spirituelle de l’Empire.

La configuration du domaine carolingien n’est pas connue.

Après l’An Mil et les invasions normandes et hongroises, Thionville échoit à la faveur du morcellement féodal du Xème Siècle aux Comtes de Luxembourg dans le cadre du Saint Empire Romain Germanique.

LA PERIODE LUXEMBOURGEOISE

L’ancien palais impérial a alors disparu et une maison forte devait seule attester plus tard la présence comtale, embryon du château qui va se développer autour de l’actuelle Cour du Château. Encore se limite-t-elle à la seule Tour aux Puces, imposant monolithe à 14 pans, sans doute entouré d’un fossé d’eau. la Charte de Franchise de 1239 confirme son existence : elle astreint en effet les bourgeois à y monter la garde à chaque fois que la nécessité s’en fait sentir. Par ailleurs, il ne semble pas que la bourgade, encore très rurale, ait possédé un rempart : au mieux une levée de terre en assurait la protection.

C’est donc à partir de 1239 au travers de la charte octroyée par le Comte Henri V le Blondel que les Thionvillois se voient astreints à des charges militaires. Cette Charte vient après celle concédée trois ans plus tôt à Echternach (1236) mais cinq ans avant Luxembourg (1244). Tout un ensemble d’amendes frappe les bourgeois qui ne mettent aucun zèle à remplir leurs obligations.

Cette situation évolue rapidement. Un château, dont un acte comtal de mars 1268 fait mention, se dresse bientôt sur les ruines de l’ancien palais, englobant la Tour aux Puces qui devient le donjon, dernier réduit de la défense. La courtine, flanquée de tours rondes, abrit un espace grossièrement rectangulaire, développé sur une surface peu importante (tout au plus 140 mètres sur 80) correspondant à l’actuelle Cour du Château.

Dans le même temps, la ville se fortifie, adoptant un système de rempart à petites tours en demi-lunes, séparées par des courtines. Partout, ces constructions en grès d’Hettange présentent une épaisseur constante d’un mètres. Le château, le quartier de la place du marché et celui de l’église paroissiale Saint-Maximin s’abritent derrière l’ensemble. Le périmètre de la ville médiévale est très réduit : l’arrière de la rue de la Poterne, de la rue Brûlée et celle du Quartier représentent grossièrement les limites nord.

Le trapèze ainsi dessiné, adossé à la Moselle par sa base et circonscrit par les trois autres côtés par un fossé rempli d’eau, ne possède que deux entrées, les portes de Metz et de Luxembourg, probablement encadrées de tours et peut-être une poterne donnant sur la rivière. Notons toutefois que l’emplacement à cette époque de la porte de Luxembourg ne correspond pas à celui, définitif, du XVIe Siècle : elle se situe alors au niveau de la rue de l’ancien hôpital.

Au XIVe Siècle (1389), la ville obtient le droit de lever le Weinrecht (droit sur les vins qui se vendent) pour trouver le financement permettant l’entretien des murs et tours d’une place en mauvais état alors qu’elle est ville-frontière : à l’époque, elle fait face au duc de Lorraine, au comte de Bar, à la ville de Metz ou à l’évêque de Metz. Grande source de dépenses également, l’entretien des chemins d’accès tracés dans le marais partiellement draîné : c’est alors une place forte de plaine tirant parti des basses terrasses facilement inondables et des marécages utilisables seulement au moyen de multiples passerelles.

LA MONTEE DE LA PUISSANCE BOURGUIGNONNE

Au XVe Siècle commence pour la ville une ère de querelle et de sièges, notamment la Guerre de Succession du Luxembourg. Accaparés par leur destin impérial depuis 1308 et dont Charles IV (1346-1378) est le plus illustre représentant, les seigneurs du Luxembourg ne trouvent plus le temps de venir dans leur terre familiale. Laissé aux gouverneurs locaux, aux seigneurs et aux corps échevinaux, le pays se scinde en factions dominées par les princes qui l’avaient reçu en gage. Avec Sigismond (1411-1437), le Luxembourg ne dispose plus d’héritier mâle. Elisabeth de Görlitz, la nièce de l’empereur, ayant épousé Antoine de Bourgogne, frère de Jean sans Peur, la situation devint propice aux intrigues des Bourguignons, difficilement contrecarrés par Charles d’Orléans et la cour de Paris. En 1443, Philippe le Bon, nommé gouverneur du duché un an plus tôt (1442) emporta le morceau par la conquête et engloba le Luxembourg dans ses possessions. Cependant ce ne fut pas sans opposition d’une partie de la noblesse et des villes comme Thionville ou Luxembourg.

Philippe le Bon (1396-1467) Duc de Bourgogne (1419-1467) fils de Jean sans Peur

Thionville chassa les affiliés de la Duchesse et fit consolider les portes et fossés de la Place. La ville semble alors sérieusement fortifiée dans la mesure où Philippe le Bon échoue au siège qu’il impose de septembre à novembre 1443 et, ce, malgré la coupure des communications avec Luxembourg et avec les châteaux forts de Rodemack et de Richemont qui passaient alors pour imprenables : Thionville est alors la ville la plus forte du Duché de Luxembourg. Se retournant vers la capitale du duché, il la prit par surprise dans la nuit du 21 au 22 novembre 1443

Par la Paix de Münster du 29 décembre 1443, les fonctions de Philippe le Bon qui lui avaient été attribuées devinrent effectives. Il ne devint souverain engagiste qu’à la mort d’Elisabeth survenue à Trêves le 3 août 1451 : Thionville devient dès lors place bourguignonne. Ayant acquis les droits successoraux du duc Guillaume de Saxe, souverain héréditaire du duché, il rendit inattaquable l’annexion du Luxembourg dont il possède dès lors la pleine souveraineté (18 octobre 1462).

Un important document daté du 9 décembre 1473 et provenant de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne entre 1467 à 1477 durant son séjour à Thionville entre le 26 novembre et le 11 décembre 1473 (voir gravure ci-dessous), nous confirme le rôle grandissant de la forteresse et les charges qui en découlent pour les bourgeois. La cité est autorisée à percevoir un droit de passage (Wegegeld) sur les charettes empruntant les chemins longeant la place et, du même coup, la réquisition des possesseurs de « charroi ou charrue » dans la limite de la prévôté pour « ouvrer aux ponts, passages, chemins ou fortifications ». Tournons-nous vers Gabriel Stiller : ...La supplique des Thionvillois au duc décrit la ville « assise en frontière de pays de Bar, Lorayne, Metz et autres », « en plat pays de marescaige, difficile et somptueuse à entretenir de chemins, ponts et passages alentour » et en outre « dedans icelle le pavement » également entretenu par la ville; un prédécesseur du duc leur a accordé, il est vrai, le droit de percevoir un « Wegegeld » pour en couvrir les frais, mais les voituriers font le tour de la ville par le chemin qui contourne les fossés, entre les barrières d’avant-postes, et outre cela, il y a dix-huit ponts à entretenir, ce qui a coûté à la ville au moins 200 florins du Rhin depuis 1471. Devant de tels frais, les Thionvillois demandent au duc de pouvoir lever une taxe sur les véhicules passant entre les barrières le long des fossés de la ville.

Les dix-huit ponts signalés en 1473 ne concernent que les fossés, dérivations de la Fensch et petits ruisseaux qui draînent les prés spongieux aux abords de la place : point de pont sur la Moselle mais quelques gués ou des bacs car la rivière compte encore des faux-bras.

L’importance des dépenses a entretemps entraîné une autre source de revenus, les moulins banaux : en 1458 et 1462, les Thionvillois sont autorisés à bâtir successivement un moulin aux portes de la ville puis celui de Daspich.

RECHERCHE DE L’ENCEINTE ET DU CHATEAU

Comment se présente la Place-forte médiévale ?

Elémént capital, Thionville émerge faiblement des marais ou basses terrasses inondables, la Fensch fournit l’eau des fossés car son lit est un peu plus élevé que celui de la Moselle, des écluses permettent à cette eau de gagner le Moselle quand il y a surplus.

La muraille, rythmée par de grosses tours, suit le tracé que le remparage de terre au XVIe Siècle consolidera ou remplacera. Pour se faire une idée approximative, il faut se tourner vers le rempart de la Carcassonne lorraine, Rodemack. Les murs d’enceinte sont munies de meurtrières derrière lesquelles la « garnison » peut se défendre avec avantage, vu que les hauteurs avoisinant la ville sont hors de portée de l’artillerie. A l’angle des murs d’enceinte se trouvent des tours permettant d’observer les alentours de la Place. Les fossés sont larges et profonds.

Le château comtal, adossé à la rivière, est la pièce maîtresse du système avec un petit fossé et une enceinte ponctuée de tours dirigées vers l’intérieur de la ville : c’est une petite forteresse autonome, le dernier réduit, sans doute dominée par la Tour aux Puces. Le château était le lieu de résidence du prévôt, officier direct du comte pour la haute justice, la défense militaire, la gestion du domaine comtal...L’enceinte castrale formait un rectangle faisant environ 140 mètres sur 80 mètres. Elle renfermait les bâtiments prévôtaux, y compris le stockage des redevances du domaine comtal et une chapelle castrale dédiée à Saint Nicolas.

Un bon plan à notre disposition pour illustrer notre développement porte sur celui dressé au milieu du XVIe Siècle par le « cosmographe » Jacques Boelofs dit Jacques de DEVENTER. Ce plan a été établi, semble-t-il, entre 1550 et 1565. S’il prend en compte les travaux de la première moitié du XVIe Siècle (notamment l’apparition des « plates-formes », les futurs bastions, au niveau de la porte de Luxembourg et de la Moselle), il garde le témoignage de l’époque médiévale à travers la représentation du périmètre fortifié inchangé et l’indication de l’emplacement des tours de l’enceinte (dix-sept sont encore figurées) Plan DEVENTER (milieu du XVIe S.) Thionville, XIIIe - XXe Siècles le tracé des rues est identique depuis sept siècles

LES VESTIGES DU SYSTEME FORTIFIE MEDIEVAL

Il y a encore une dizaine d’années, les habitants de Thionville pouvaient observer la présence sur l’avenue Clemenceau, en face de la clinique Sainte-Elisabeth de deux tours de guet jumelles qui appartenaient à l’enceinte de la ville. Hélas ! elles ont été détruites il y a quelques décennies lors d’une opération d’urbanisme : Thionville n’a plus de « Tour Camoufle » (référence à une tour messine). Derniers vestiges de l’enceinte médiévale avant leur destruction: deux tours de guet situées au niveau de l’avenue Clemenceau

Toutefois, il demeure d’autres témoins de l’époque encore présents sous nos yeux mais très remaniés : tous se rattachent à l’enceinte castrale. Nous relevons deux poternes : l’une, située rue des Clarisses, accessible par le grand public et munie de tours de part et d’autre du passage; l’autre, cachée dans un recoin de la cour du tribunal. Enfin, la fameuse Tour aux Puces. Plan du quartier de la Cour du Château

A partir du XVe siècle, des familles nobles de la région mais également des familles bourgeoises de Thionville même obtinrent le droit de faire construire des hôtels ou des maisons à l’intérieur de l’enceinte castrale. Nous distinguons deux principales maisons : celle des Raville et celle des Créhange-Pittange.

Vue d’ensemble de la Cour du Château

La Poterne aux tours jumelles (rue des Clarisses)

Carte des Pays-Bas